Une Refondation est-elle possible à Madagascar ?

Une petite chronique vite fait entre 2 joints d’injecteurs à remplacer 🤣

Gné ? Posée telle quelle, la question a de quoi faire sourire. « Une Refondation est-elle possible à Madagascar ? »

Instinctivement, le cœur et la raison voudraient répondre par un grand « oui, bien sûr ». Après tout, rien n’est condamné à rester immobile, et aucun peuple n’est voué à la misère éternelle par une quelconque fatalité divine.

Sauf qu’aussitôt l’enthousiasme manifesté, la douche froide du principe de réalité vient vous cueillir à la gorge. La vraie suite de la phrase, celle qu’on n’ose formuler qu’à voix basse dans les salons d’Antananarivo avant d’opiner du chef, c’est : « …mais certainement pas en l’état actuel des choses. »

Regardons la méthode, ou plutôt l’absence tragique de méthode.

Croit-on sérieusement qu’il suffit de brailler le mot « Refondation » à grands coups de slogans pompeux, de spots télévisés coûteux et de discours ronflants pour que les miracles s’accomplissent ?

Pensons-nous vraiment que 66 ans de mauvaises pratiques, de passe-droits érigés en art de vivre, d’habitudes d’affairisme décomplexé et de mentalités gangrenées par le « mora mora » de la résignation vont se volatiliser du jour au lendemain ?

Hop ! Magie ! On a édicté que c’est la « Refondation », alors la lumière fut, la corruption disparut, et les institutions devinrent vertueuses sous la houlette du FFKM ? Soyons sérieux deux minutes.

On ne refonde pas un édifice dont les fondations sont rongées par le mauvais exemple venu d’en haut.

Décréter le changement sans s’attaquer à la racine du mal, c’est comme passer un coup de peinture fraîche sur un mur lépreux en espérant que la moisissure aura le bon goût de s’excuser et de partir.

Depuis six décennies, le système politique et économique malgache a façonné un écosystème où l’impunité est la norme, où le civisme est perçu comme une faiblesse et où la politique est abordée non pas comme un service rendu à la Nation, mais comme un investissement financier à rentabiliser d’urgence.

Les mentalités ne sont pas tombées du ciel : elles sont le produit direct de 66 ans d’un théâtre d’ombres où les acteurs changent de costume, mais rejouent indéfiniment la même pièce tragique.

Pour qu’une véritable refondation ait lieu, il ne suffit pas de pondre un nouveau concept marketing pour combler le vide d’un bilan. Il faudrait :

* Un choc d’exemplarité brutal : Que ceux qui prônent la refondation commencent par s’appliquer à eux-mêmes la rigueur, la transparence et la justice qu’ils exigent du peuple.

* La fin de l’impunité : Pas de petites tapes sur les doigts pour les copains et de sanctions exemplaires pour les lampistes, mais une justice implacable, quel que soit le rang.

* Une rupture culturelle et éducative : Désapprendre la culture du privilège et du passe-droit, ce qui prend des années de travail acharné, pas un simple arrêté ministériel.

Tant que la « Refondation » ne sera qu’un mot-valise brandi par ceux-là mêmes qui profitent du statut quo, elle restera ce qu’elle a toujours été : une illusion d’optique pour amuser la galerie, pendant que le navire continue de prendre l’eau de toutes parts.

Alors oui, la Refondation est possible. Mais pas avec ces méthodes, pas avec ces réflexes, et certainement pas en croyant qu’un slogan suffit à effacer soixante-six ans de dérive.

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