Aide au développement : pour les félicitations, il faudra repasser

Le gouvernement a reçu les félicitations de la vice-présidente de la Banque mondiale pour l’Afrique de l’Est et australe, Victoria Kwakwa, en visite actuellement à Madagascar dans le cadre de la préparation du prochain cadre de partenariat pays. Quand on sait que l’économie du pays est sous perfusion chronique depuis des décennies, sa gouvernance peut faire l’objet d’appréciations les plus diverses, mais ne méritent certainement pas des félicitations. La Banque mondiale reconnaît elle-même (sur son site) que les projections de croissance pour 2022 ont été ramenées à 2,6 % au lieu des 5,4 % annoncées dans la loi de finances.

Le recours au langage diplomatique peut apparaître incongru plus particulièrement quand les propos émanent des institutions de contrôle de l’orthodoxie financière. Il présente l’inconvénient d’ouvrir une marge d’interprétation que le récepteur du message utilise à son avantage, et c’est de bonne guerre. Sans vouloir mettre en cause la bonne foi de Mme Kwakwa, dont les références académiques et professionnelles sont éloquentes, on peut toutefois se poser des questions sur la pertinence de cette forme d’encouragement qui apporte de l’eau au moulin des tenants du pouvoir et de leurs commensaux.
Quelques jours plus tôt, en marge de la célébration de la semaine de l’entrepreneuriat, la représentante résidente de la Banque mondiale, Marie-Chantal Uwanyiligira, déclarait que la Grande Île bénéficie d’un appui financier à hauteur de 900 millions USD, en moyenne, tous les 3 ans, les projets et les opérations portant actuellement sur un montant global de 3,3 milliards USD.
Pour le Malgache lambda, cela fait beaucoup d’argent, sans compter tout ce qu’apportent les aides bilatérales des pays amis, toujours au chevet du développement de Madagascar, qui ne manquent pas de le faire savoir dans les médias. Il a pu s’entendre dire, à l’occasion, que son pays fait partie des plus pauvres du monde ; en tout cas, son quotidien n’est pas des plus enviables. C’est ce qu’indiquent les résultats présentés, fin novembre, du 9e cycle d’enquête réalisé par le cabinet COEF-Ressources, partenaire pour Madagascar du réseau de recherche panafricain Afrobaromètre.
Quelque 1 200 personnes ont été interviewées, en avril-mai 2022, par questionnaire standard, pour connaître leur avis sur des thèmes tels que les changements climatiques, les conditions économiques, l’accès à l’information, ou encore, la liberté de la presse.
Pour la majorité des interviewés, la situation du pays sur le plan économique s’est dégradée, comparée à la situation antérieure, ce qui a eu pour effet de rendre leurs conditions de vie encore plus difficiles. Si l’on considère les 12 derniers mois, le manque a été relevé dans la plupart des postes évoqués et ceux qui ont participé à l’enquête ne pouvaient que déclarer leur absence de satisfaction quant aux « performances » du gouvernement.
Ce sentiment est partagé par 70% des sondés en ce qui concerne la gestion économique, par 76% pour la création d’emplois, comme pour l’amélioration des conditions de vie des pauvres, et par 85% sur la question de la réduction du fossé entre les riches et les pauvres. Le pourcentage le plus élevé (94%) traduit une forte perception de l’échec du gouvernement dans le domaine de la gestion de la stabilité des prix.
En somme, pour les « félicitations », ce sera pour une autre fois.

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Rakotovelo
Rakotovelo
1 année il y a

Il y a des gens qui touchent 120 000 ar par mois, des employés des collectivités locales svp ! Avec le prix du riz à 3000 ar, ils peuvent acheter 40 kg de riz dans le mois, et rien d’autres à côté ! Tafita ny tolona !
Faut-il féliciter ce mamimbahoaka ?

elman
Administrateur
Répondre à  Rakotovelo
1 année il y a

Les chefs fokontany sont .. à 20 000 ar par mois je crois.. zont été augmentés à 40 000, ouéee merci Prezida

Coco
1 année il y a

Le recours au langage diplomatique peut apparaître incongru

J’ai toujours voulu avoir la curiosité d’entendre ce que le corps diplomatique doivent se dire réellement entre eux par rapport à la situation actuelle. J’imagine même que ça doit rire sous cape des fois.

elman
Administrateur
Répondre à  Coco
1 année il y a

Je pense que souvent ils doivent se demander entre eux « il fait exprès ou il l’est vraiment ? »

tsytiafoza
tsytiafoza
Répondre à  elman
1 année il y a

Il l’est vraiment et en marge il fait encore exprès pour l’être encore plus.

gérard
1 année il y a

la courtoisie diplomatique est une chose, les contre vérités en sont une autre ,qui nous devient trop familière , vos propos sont indignes madame !

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